D’une idée reçue à une réalité médicale : mieux comprendre la ménopause

Rédaction : Kamila Cherfaoui et Jessica Zevounou
Correction :  Kenza Yahiaoui
Révision scientifique : Dr. Mathieu Leboeuf, gynécologue et professeur titulaire à l'Université Laval aux départements d'obstétrique, gynécologie et reproduction et d'innovation en éducation médicale.

«La femme ménopausée n’est pas normale, elle souffre d’une maladie comprenant de graves séquelles et a besoin de traitement».

«Beaucoup de femmes mènent des vies actives et productives avant que cette tragédie n’occurre. Elles sont [également] toujours attirantes et mentalement alertes. [De plus], elles ressentent profondément ce qu’elles perçoivent comme une atteinte catastrophique à leur capacité de gagner leur vie et de profiter de l’existence».

Ces citations vous choquent-elles? Pourtant, c’est bel et bien la manière dont la ménopause était décrite dans les années 1960 [1].

Comment était perçue la ménopause au cours de l’histoire ?

Pour comprendre la cruauté derrière cette vision, il faut remonter dans l'histoire. Dans les sociétés anciennes, les menstruations étaient perçues de manière ambivalente, à la fois sacrées et dangereuses. Elles étaient associées à des notions de pouvoir spirituel, de pureté et d’impureté, donnant lieu à divers rites et interdits dans de nombreuses cultures. La médecine occidentale a pendant longtemps vu les menstruations comme un processus nécessaire d’évacuation. Les règles servaient alors à éliminer des substances excédentaires et l'absence de menstruation pouvait entraîner l’accumulation de « mauvaises humeurs » responsables de maladies. Avec l'essor de la médecine scientifique, plusieurs mythes anciens ont été abandonnés, mais de nouveaux préjugés sont apparus. Les menstruations ont souvent été présentées comme une période de fragilité physique, d'instabilité émotionnelle et de diminution des capacités intellectuelles. On déconseillait souvent aux femmes de pratiquer certains sports, de poursuivre des études exigeantes ou d'occuper certaines fonctions pendant leurs règles. À partir du XVIe siècle et jusqu'au XIXe siècle, on trouve dans la littérature médicale européenne de nombreuses descriptions associant la ménopause à l'irritabilité, la mélancolie, l'hypocondrie, la nervosité et les troubles du comportement. La femme ménopausée était parfois décrite comme susceptible de perdre son équilibre émotionnel parce qu'elle se situait dans une sorte d'entre-deux : ni jeune femme féconde, ni encore considérée comme véritablement âgée. Cette période fut même appelée par certains médecins du XIXe siècle le « retour d'âge », terme qui suggérait une transformation profonde du corps et du caractère.

Quelles sont les anciennes méthodes mises en pratique ?

Les différentes conceptions anciennes des menstruations, de la ménopause et de la théorie des humeurs ont mené à des traitements aujourd’hui choquants. Si l'on croyait que les menstruations permettaient d'évacuer un excès de sang, leur disparition à la ménopause pouvait être interprétée comme un risque d'accumulation. Dans cette logique, des pratiques telles que la saignée (retirer le sang), des applications de sangsues et de ventouses scarifiées pouvaient être effectuées. Aujourd'hui, cela nous paraît inutile, mais dans la médecine humorale, c'était cohérent : si le corps ne pouvait plus se débarrasser de son excès de sang par les menstruations, il fallait l'aider. D'ailleurs, puisque l'on croyait que la maladie résultait souvent de l'accumulation de substances nocives ou d'humeurs corrompues, il fallait « nettoyer » l'organisme. On utilisait des laxatifs puissants, des purgatifs à base de plantes, parfois des préparations contenant du mercure ou de l'antimoine et des vomitifs. Les symptômes attribués à la ménopause, comme les bouffées de chaleur, l'anxiété, les palpitations ou les changements d'humeur, étaient parfois interprétés comme des manifestations de cette accumulation.

D’autres types d’interventions, aujourd'hui choquantes, ont également été proposées telles que la dilatation cervicale, l’application de substances caustiques dans le vagin ou sur le col, mais aussi des interventions chirurgicales gynécologiques parfois réalisées pour traiter des symptômes psychiatriques. Il existait une conviction répandue selon laquelle l'utérus et les ovaires gouvernaient largement la santé mentale féminine et l'histoire de la médecine est remplie de préparations qui nous semblent aujourd'hui invraisemblables : testicules d'animaux séchés, pénis d'animaux réduits en poudre ou sang animal. La logique sous-jacente reposait souvent sur ce qu'on appelle parfois la « médecine de similitude », selon laquelle un organe pouvait être soigné par la consommation d'un organe analogue. De ce fait, consommer des organes reproducteurs animaux était censé restaurer la vitalité sexuelle ou reproductive.

Ce qui nous offusque aujourd’hui ne l’était pas forcément à l’époque. En effet, ces traitements n'étaient pas nécessairement perçus comme des moyens de contrôler les femmes, et la plupart des médecins croyaient agir conformément aux meilleures connaissances de leur temps. Cependant, les théories médicales de l’époque restaient tout de même étroitement liées aux représentations sociales de la féminité.

En conclusion, la disparition des règles a été interprétée sous mille et un aspects : d’abord comme un problème de purification, un désordre des humeurs, une maladie de l'utérus ou un déficit hormonal, puis finalement comme une transition physiologique normale dont l'expérience est fortement influencée par les contextes culturels et sociaux. C’est ensuite grâce aux avancées en endocrinologie (l’étude des hormones) du XXe siècle que la sphère médicale a pu mieux comprendre la ménopause et mettre en place les traitements hormonaux que nous connaissons aujourd’hui [1,2].

Alors où en sommes-nous ?

Si certains stéréotypes persistent, la ménopause est désormais reconnue comme une étape naturelle de la vie et non comme une maladie. Les approches actuelles visent davantage à accompagner les besoins individuels et spécifiques des femmes, plutôt qu’à « corriger » un état jugé anormal. Il faut donc être conscient(e) que la ménopause n’est pas un déclin inévitable, mais une transition. Elle peut tout à fait être vécue sereinement avec une information juste et des soins adaptés à toutes.

La ménopause, c’est quoi concrètement ?

Les femmes naissent avec tous leurs ovules en place au sein des ovaires. Ceux-ci sont évacués des ovaires (« l’ovulation ») périodiquement, dès la puberté jusqu’à leur disparition complète induisant alors la ménopause. La diminution d’ovules s’accompagne d’une chute de production d’hormones essentielles au cycle menstruel comme les oestrogènes et la progestérone. On considère qu’une femme a atteint la ménopause une fois qu’elle n’a pas eu ses règles pendant 12 mois. L’âge moyen de la ménopause est de 51 ans et elle est précédée d’une période de transition appelée la périménopause qui survient aux alentours des 40-50 ans et qui peut durer jusqu’à 10 ans. C’est durant cette transition, alors que des changements hormonaux s’opèrent, que divers symptômes apparaissent. On compte des règles irrégulières (plus abondantes ou plus espacées), des bouffées de chaleur, de la sécheresse vaginale, un sommeil perturbé ou encore des changements d’humeur [3].

En parallèle de la ménopause, certaines femmes peuvent également être sujettes à une insuffisance ovarienne prématurée, communément appelée l’insuffisance ovarienne précoce. Elle est définie par l’absence de menstruation pendant 1 an, avant l’âge de 40 ans, sans que cela ne soit causé par d’autres facteurs tels que la grossesse ou l’allaitement par exemple. Plus précisément, elle concerne environ une femme sur 10 000 avant 20 ans, une femme sur 1000 avant 30 ans et une femme sur 100 avant 40 ans. De nos jours, les causes restent inconnues dans 80 % des cas, mais on sait que les risques augmentent dans certains cas de traitement contre le cancer par exemple, si la patiente suit une chimiothérapie ou une radiothérapie. Les antécédents familiaux, ainsi que les maladies auto-immunes telles que le diabète de type 1, sont également des facteurs de risque [4].

Comment vivre avec la ménopause et c’est quoi la suite ?

Différents traitements sont disponibles pour soulager les divers symptômes associés à la ménopause. Parmi ceux-ci, on y retrouve les traitements hormonaux dont l’objectif est de compenser la diminution des hormones. Ceux-ci sont offerts sous diverses formes : comprimés à prise orale ou à insérer dans le vagin, timbres transdermiques, crèmes, gels ou autres. Toutefois, selon certains critères propres à chacune, la thérapie hormonale peut être contre-indiquée. Dans ce cas, il existe également des traitements non hormonaux. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le Guide Santé des femmes et de la diversité sur la ménopause et en parler à votre professionnel de la santé [3]. Après la ménopause, la baisse du taux d’oestrogènes est associée à une augmentation du risque de certaines maladies, telles que les maladies cardiovasculaires ou l’ostéoporose (fragilisation des os). Il devient donc important de faire un suivi médical régulier, ce qui prend en compte la surveillance de votre pression artérielle, la vérification de votre taux de cholestérol et le dépistage du diabète [5]. D’autre part, le début et la fréquence des différents examens de dépistage, tels que les mammographies, les colonoscopies, les tests Pap (pour dépister d’éventuelles anomalies du col de l’utérus) et les examens de densité minérale osseuse, peuvent varier d’une femme à l’autre. Il est donc important de discuter avec votre médecin de la fréquence à laquelle vous devriez effectuer ces examens [6].

Attention: les informations contenues dans cet article ne constituent pas un avis médical. Consultez toujours un médecin ou un pharmacien avant d'initier, de modifier ou d'interrompre un traitement.


Remerciements :

Nous remercions sincèrement Dr. Mathieu Leboeuf, gynécologue et professeur titulaire à l'Université Laval aux départements d'obstétrique, gynécologie et reproduction et d'innovation en éducation médicale pour sa contribution à la révision scientifique de cet article. Son expertise a été précieuse pour garantir la rigueur scientifique et la validité des informations.

Références :

1) Menopause - a modern perspective from a controversial history by Wolf H.Utian, disponible sur: https://www.maturitas.org/article/S0378-5122(96)01092-4/abstract

2) The history and politics of menopause (Chapter 3) by Barry G.Wren, disponible sur: https://www.cambridge.org/core/books/abs/managing-the-menopause/history-and-politics-ofmenopause/4346D6B3423D6F804D5C3BF1230C8B76

3) Gouvernement du Canada. Guide de la ménopause: Santé des femmes et de la diversité. Ministère de la Défense

nationale. [En ligne]. 2025. Disponible sur : https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/services/avantages militaires/sante-soutien/soins-sante-des-femmes/guide-de-sante-sfd/guide-la-menopause-sfd.html#toc10

4) CHUV. Ménopause précoce - Médecine de la fertilité et endocrinologie gynécologique,disponible sur: https://www.chuv.ch/fr/fertilite/umr-home/consultations-specialisees/menopause/menopause-precoce

5) Chanda, Eva. La vie après la ménopause. Bel Âge. [En ligne]. Publié le 25 mai 2013. Disponible sur : https://lebelage.ca/sante/la-vie-apres-la-menopause/

6) Gynaecology Quality Improvement Collaboration. Complete Guide to Menopause [En ligne]. 2025. Disponible sur: https://gynqi.com/understanding-menopaus

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